Messe chrismale 2018 : une homélie qui nous met en chemin !


Mardi 27 avril, c’était la messe chrismale, célébrée à Aramon par Mgr Wattebled. La très belle homélie revenait longuement sur le rassemblement diocésain En Christ et les orientations synodales, avec une impulsion véritable donnée et demandée. Alors voilà le texte intégral pour se laisser inspirer, former, transformer … et passer à l’action ! Les photos de la messe chrismale sont visibles ici et la vidéo

 

Frères et sœurs, comme un certain nombre d’entre nous j’ai dans la tête, dans le cœur, dans les yeux, en célébrant cette messe chrismale notre rassemblement diocésain de samedi dernier à La Gardiole et avec vous j’en rends grâce au Seigneur.

Des participants de toutes les générations étaient présents et beaucoup, notamment sans doute parmi les auditeurs de Radio Ecclesia et ceux qui suivent grâce à internet les grands moments de la vie diocésaine, beaucoup donc ont pu s’associer à cette journée au cours de laquelle ont été promulguées les orientations présentées par le Synode des jeunes du Gard.

En demandant que notre Eglise diocésaine soit toujours plus ouverte à la société qui nous entoure, aux questions et aux débats qui nous concernent tous, qu’elle puisse les aborder sans tabou, les jeunes réveillent s’il en était besoin et stimulent en tout cas notre désir d’accueillir et de répondre à la Parole du Seigneur que nous venons d’entendre : l’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, participer à la libération de tout ce qui nous opprime ou nous enferme. Dans la synagogue de Nazareth Jésus affirme : « Aujourd’hui cette parole s’accomplit ». Et désormais elle ne cesse de s’accomplir partout où les membres de l’unique Corps du Christ se reconnaissent envoyés par lui comme lui-même a été envoyé par le Père.

En demandant que notre Eglise diocésaine favorise les possibilités d’approfondissement spirituel et qu’elle propose avec pédagogie une découverte de la messe, le Synode des jeunes nous interroge sur notre enracinement au cœur de la foi et de sa célébration : Jésus, Jésus de Nazareth, le Christ, Alpha et Omega, le témoin fidèle, témoin de la considération et de la confiance que le Père place en chacun d’entre nous. Témoin de son amour passionné pour chaque être humain, de sa conception à sa fin naturelle. Jésus-Christ, premier-né d’entre les morts, qui nous introduit dans la joie de sa communion vivante avec le Père : comme le Père et moi nous sommes un, qu’ils soient un en nous, eux aussi.

En proposant de vivre en paroisse une fraternité plus perceptible, plus conviviale, en demandant de mieux faire circuler les informations et aussi en décidant de prêter davantage attention à ce qui vient d’ailleurs, à ce qui vient des autres, à ce qui vient du diocèse, les jeunes nous poussent à dépasser l’esprit de clocher encore tellement répandu.

J’aimerais pouvoir détailler toutes les orientations et poursuivre en montrant que, de fait, nous mettons déjà plusieurs de ces recommandations en application. Notre rassemblement de samedi en était déjà l’illustration.

Mais les circonstances me portent à parler aussi du ministère des prêtres. Ils vont dans quelques instants renouveler, comme le demande la liturgie, les promesses de leur ordination.

La vie intérieure, la vie spirituelle, la vie chrétienne, l’exercice du ministère n’ont jamais été et ne seront jamais exempts de tentations et de combats. La prière de bénédiction de l’huile des catéchumènes évoquera du reste les luttes de la vie chrétienne. Ces luttes, ces combats passent à l’intérieur de nous-mêmes.

Et dans le contexte qui est le nôtre, en France, dans notre région, dans ce contexte où beaucoup de choses changent et continueront de changer, il est indispensable que nous nous interrogions les uns les autres, que nous nous soutenions les uns les autres, pas seulement entre prêtres, pas uniquement entre prêtres mais entre baptisés aux fonctions, aux vocations, aux responsabilités diverses.

S’il est une réalité qui s’impose ou devrait toujours s’imposer davantage à nous, c’est que le sacerdoce est lié à l’abaissement extrême de Jésus jusqu’à la mort de la croix. La configuration au Christ-Tête, pour parler comme les théologiens, n’entraîne donc pas une sorte d’exaltation qui placerait le prêtre en haut de tout le reste. Comme le dit le Pape François : « Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, mais la grande dignité vient du baptême. Nul n’a été baptisé prêtre ou évêque, nous avons tous été baptisés laïcs. » L’Eucharistie, au cours de laquelle la liturgie fait un devoir au prêtre qui la préside de communier est le sacrement du corps livré et du sang versé pour la rémission des péchés et pour que les hommes aient la vie en abondance. Frères et sœurs, nous ne rendons pas service aux prêtres en les « sacralisant », en en faisant des personnages sacrés. Faisons nôtre plutôt la prière de Jésus : consacre-nous dans la vérité, cette vérité qui rend libre. (Cf. Jn 17,17 et 8,32)

La parole de vérité du Seigneur débusque une tentation que nous connaissons bien : celle de l’individualisme, tant dans notre vie personnelle que dans le service pastoral. Dans son exhortation sur la joie de l’Evangile au chapitre sur les tentations des agents pastoraux, le Pape François nous a mis en garde très explicitement. « Individualisme, crise d’identité, baisse de ferveur : ces trois maux se nourrissent l’un l’autre. La vie spirituelle alors en arrive à se confondre avec des moments religieux qui offrent un certain soulagement mais qui ne nourrissent pas la rencontre avec les autres, l’engagement dans le monde, la passion pour l’évangélisation. » Reconnaissons-le : il y a là matière à de sérieuses révisions de vie.

Il nous est profitable encore de relire ou de réentendre ce que le Pape Saint Jean-Paul II répétait en se référant au Concile Vatican II : « Le ministère ordonné est radicalement de nature communautaire et ne peut être rempli que comme une œuvre collective » (Pastores dabo vobis, 17) et il précisait : « L’obéissance du prêtre présente une exigence « communautaire ». Le prêtre s’habitue à ne pas trop s’attacher à ses propres préférences ou à ses propres points de vue, il laisse aux confrères l’espace suffisant pour qu’ils mettent en valeur leurs talents et leurs capacités, à l’exclusion de toute jalousie, envie et rivalité. L’obéissance sacerdotale est une obéissance solidaire qui repose sur l’appartenance du prêtre à l’unique presbyterium et qui, toujours à l’intérieur de celui-ci et avec lui, exprime des orientations et des choix co-responsables ». (Pastores dabo vobis, 28) Il nous faut lire, relire et méditer de tels passages. Il nous faut surtout chercher à mieux les mettre en œuvre.

Frères et sœurs, nous rendons grâce au Seigneur pour l’impulsion qu’il donne à notre diocèse par le Synode des jeunes. Nous rendons grâce aussi pour la fidélité des prêtres et notamment des jubilaires. Dans la joie de cette célébration, permettez-moi d’ajouter une double demande que je vous adresse :

Dans les mois qui viennent, découvrons, approfondissons, cherchons à mettre en œuvre les orientations issues du Synode des jeunes. Et aussi, en nous confrontant les uns et les autres à des textes majeurs de l’Eglise, réfléchissons et échangeons avec les prêtres sur leur ministère, sur ce qui les fait vivre, sur ce qui nous fait vivre. Je termine en citant encore notre Pape François : « Les maux de notre monde – et ceux de l’Eglise – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. Prenons-les comme des défis pour croître. La joie de l’Evangile est celle que rien ni personne ne pourra jamais enlever » (La joie de l’Evangile n° 84).

Amen !

 + Robert WATTEBLED

Évêque de Nîmes

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